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Gentillesse, bienveillance et naïveté

1ère anecdote sur la bienveillance et la gentillesse et aujourd’hui je tape fort…

Je vais vous dévoiler l’envers du décor de la bienveillance que j’affiche de plus en plus sur ma page.

Est-elle réelle ? D’où vient-elle ? Comment l’entretenir sans se faire bouffer ?

Est-elle réelle ? Oui, absolument.

D’ù vient-elle ? Je ne sais pas trop, je sais quand j’ai commencé à en prendre conscience. J’avais 20 ans, et mon premier stage a changé ma vie.

À l’époque, j’étais très immature. Playstation et soirée étudiante étaient mon quotidien. Pour être franc, je n’aimais pas les études, trop théoriques. Alors quand est arrivé le premier stage, c’était pour moi la plus belle chose qui puisse m’arriver.

gentillesse-bienveillance

J’ai rejoint un ami Nantais, et obtenu une place dans une maison de retraite. RDV à 7h, j’arrive à 6h10, plein d’enthousiasme. Je suis au taquet, j’observe tout, comme si je voulais m’imprégner de la réalité du terrain que j’attendais depuis si longtemps. Et autant vous dire qu’une maison de retraite Nantaise à 6h de matin, il ne se passe rien.

Et pourtant, mon entrain reste intact. Avec 30 minutes de retard, mon maître de stage que j’avais imaginé comme un demi-dieu, finit pas arriver. Il me calcule à peine, plus occupé à dragouiller les infirmières et aides soignantes.

J’ai en face de moi un homme de 42 ans, divorcé, misogyne, un poil raciste et vulgaire. Pas de problème, je vais être tellement bon, qu’à la fin de ma semaine de stage, ce sera un nouvelle homme grâce à moi !

Quand je vous ai dit qu’à l’époque j’étais immature…

La semaine se passe lentement, je ne touche pas un patient car il me dit que c’est un stage d’observation, et ne cesse de me le rappeler. Comme pour me rabaisser. Les deux autres stagiaires, étudiantes de  21 ans baissent les yeux quand il arrive pour ne pas avoir à subir ses remarques.  Et pourtant, à l’époque, je ne voyais pas tout ça, tellement émerveillé d’être au plus près des patients.

Vous savez, quand on se lance dans une carrière médicale, ou para médicale, on idéalise le métier, on pense pouvoir changer le monde grâce à nos mots, grâce à nos mains, grâce à nos soins. Avec le recul, je sais aujourd’hui que j’étais le seul type émerveillé dans cette maison de retraite… car tout le monde avait baissé les bras depuis des années.

Au 3ème jour, un petit papy, que j’avais pris d’affection, fait une détresse respiratoire. C’est à dire que les poumons n’envoient plus assez d’oxygène. Le corps et le coeur s’emballent. Pour lui c’est le 3ème en 6 mois. Chaque fois, il en sort plus affaiblit. Lors du dernier épisode, il avait demandé à ce qu’on le laisse partir. Lorsque l’alarme de la chambre retentit, les médecins sont absents. Mon tuteur, spécialisé en respiration, vient assister les infirmières pour apaiser le patient. Je suis mon tuteur comme son ombre.

Juste avant de rentrer dans la chambre, il se retourne vers moi et me dit  » Grégoire, Monsieur X est entrain de mourir… Est ce que tu es sûr de vouloir voir ça ? « . Son visage est transformé. Il a retiré son masque de pervers. Dans ses yeux, je vois un gamin de 20 ans qui a été éclaté par la vie. Comme si dans cet instant, face à la mort où tout se jouait, il n’y avait plus de place pour toutes ses conneries habituelles.

Maintenant, on parle d’homme à homme

« Je veux rentrer et l’aider ».

Monsieur X est  décédé 20 minutes plus tard. Nous lui tenions la main.

Le reste du stage, mon tuteur n’était plus le même, il me parlait, et plus il me parlait moins il emmerdait les femmes du services. Il a même fini par me confier des patients. À la fin du stage, il avait les larmes aux yeux.

Son appréciation pour mon bilan de stage, je m’en rappelle encore car il a conditionné tout ma vie professionnelle : « Grégoire insuffle un souffle nouveau dans un métier qui en a bien besoin. Excellent stage »

Je ne sais pas, ni comment, ni pourquoi il a changé ainsi. J’aime à croire qu’il a vu en moi l’étudiant naïf et bienveillant qu’il n’était plus…

Alors voilà, aujourd’hui je suis le même, la naïveté en moins. J’essaie d’être bon et attentionné. Je n’y arrive pas toujours, je perds patience souvent, mais tous les jours j’essaie. Car je sais, que parfois dans mon sillage je peux transformer des gens, y compris les plus mauvais.

Major Mouvement

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